Ceci n’est pas un texte
officiel de l’Association des Habitants de Louvain-la-Neuve mais les pensées personnelles
d’un président à 5 mois de sa fin de mandat.
Il y a quelques jours je rentrais chez moi, dans la nuit
douce, revenant de la fête
d’anniversaire de l’École des Bruyères. Trois cents, quatre cents personnes ?
Anciens élèves, parents, animateurs, … Revenus pour une soirée dans ce lieu qui
les avait marqués à vie. Échanges de souvenirs, particulièrement sur la
création de cette deuxième école à LLN pour compléter le Collège du Biéreau
trop petit. Pour beaucoup des pionniers c’était l’occasion de créer « autre
chose », une école de quartier, pas simplement dans la ligne de l’UCL ou
de l’enseignement communal. Une occasion extraordinaire pour le Conseil des Résidents (devenu plus tard Association des Habitants). Quel
quartier ? À part Jean Van Cottom, demandé comme directeur, tous les
associés de départ (j’en lis la liste au Moniteur de juin 1976,) habitaient
Biéreau Espinette, dans un mouchoir de poche, tous des voisins de Marie-Anne
Eeckhout-Gailly, à moins de 500 mètres des premiers locaux de la nouvelle école.
D’abord Place des Giroflées, un bâtiment alors inoccupé et qui fut pris de
force assez illégalement pour mettre l’UCL devant le fait accompli et commencer
les classes dès la rentrée 1976. Les enfants de ma maison communautaire Galilée,
« inter-générationnelle », ont profité de cette pédagogie ouverte, inspirée
de Célestin Freinet mais sans attache dogmatique, ni culte de l’autogestion.
J’ai perçu son adaptabilité au temps présent quand dès l’arrivée de
l’informatique de table on a constaté combien les outils de la
micro-informatique de la fin des années 70 correspondaient à l’imprimerie historique
de Célestin.
L’école des Bruyères est un symbole puissant de l’efficacité
de Louvain-la-Neuve. Une infrastructure assez puissante pour permettre le
développement d’initiatives innovantes et durables.
À la fin de mars 2018,
j’aurai mis fin à tous mes mandats AH pour me consacrer à l’écriture et à la
parole conférencière, si j’y suis invité. Même si dès l’automne 1971 j’avais
initié l’association avec Manu Lousberg je ne l’avais jamais présidée. C’est
pour achever un mandat, interrompu par une démission, que j’avais accepté, en
mars 2017, douze mois de présidence. Un peu inquiet parce qu’on me disait
« Courage » au lieu de « Félicitations » et que l’on
écrivait que je prenais la barre en pleine tempête. J’ajoutais qu’on avait jeté
sur le pont un seau d’eau savonneuse appelée Esplanade.
Jusqu’ici j’ai survécu. Soulagé comme d’autres par le conseil
communal avec son projet de SOL (Schéma de Structure Local)
qui renvoie au-delà des élections communales de grandes décisions sur la Porte
Nord-Est de LLN. Sans avoir à décider pour le moment sur le thème piégé : « pour
ou contre l’extension ».
On sort du dilemme (« nécessité dans laquelle se trouve
une personne de devoir choisir entre les deux termes contradictoires et
également insatisfaisants d'une alternative ») Oui/Non afin de se mettre à
l’écoute de suggestions créatives et raisonnées pour la principale entrée de la
ville.
Lorsque j’ai cherché à définir mon rôle présidentiel, ma
référence a été les statuts, qui jouent pour l’AH le rôle de constitution.
L’Article 3 écrit : « L’Association des Habitants est un groupe de
pression chargé de faire connaitre les
voix des habitants de Louvain-la-Neuve là où il importe qu’elles soient
entendues ». Mon premier devoir est donc d’écouter les voix des habitants, de tous les habitants, au sens
qu’a ce mot depuis 1971 : les usagers,
utilisateurs, acteurs de la ville. Ceux qui y logent, y travaillent, y
étudient, y passent… Majoritaires comme minoritaires. Je pense que j’ai passé
l’essentiel de mes 8 premiers mois de présidence à cette tâche. Gérant un
abondant courrier mail, participant à un maximum de rencontres, mais aussi en
m’asseyant sur un banc du parc ou d’une galerie pour engager la conversation
sur ce que chacun ressentait pour la ville. Eh bien, dans notre capitale de la
rouspétance, la plupart des personnes rencontrées m’ont dit combien ils
aimaient la ville, pour son accueil, sa
diversité, son évolution. La première voix que je transmets est donc celle
de la gratitude, de la reconnaissance. Mais on modère aussi : ce serait
mieux si c’était plus propre, moins bruyant, plus respectueux les uns des
autres. Et la pression dont parle l’article 3 s’adresse d’abord aux autres
citoyens, résidents permanents ou étudiants, pour qu’ils améliorent leur cité,
et en demandant aussi que les pouvoirs publics ou l’UCL agissent.
L’AH représente, à côté de l’UCL et des pouvoirs publics, une
des 3 grandes composantes de
Louvain-la-Neuve. Elle est considérée comme représentative des personnes dans leur vie quotidienne, personnelle
et sociétale. Mais depuis la fin des années 70 elle a du mal à assurer cette
représentation. Au départ les responsabilités étaient basées sur le volontariat
et un consensus, une acceptation mutuelle. Rapidement on fit des élections sur
base de différentes catégories et des lots d’habitation. La première présidente
élue fut une étudiante, Babeth Bonaert. Et au cours de ces 46 années on oscilla
entre une représentation par quartier ou au niveau de l’ensemble, par statut ou
sans distinction… On en est dans cette mandature à un stade où dans le Conseil
d’Administration les quartiers sont
très inégalement présents et où les étudiants et même les gens de moins de 50
ans sont particulièrement invisibles. Pour moi c’est une responsabilité accrue.
Chacun et chacune des membres du CA ne représentent pas les intérêts d’un
quartier, d’une classe d’âge, d’un statut social, ni d’un lobby… Chacune, chacun se doit de parler au
nom de tous les usagers. Beaucoup l’ont remarqué : je relaie toutes
les opinions même très minoritaires. Je pousse à parler ceux qui n’osent pas le
faire. Je garantis l’anonymat ou le pseudonymat si c’est nécessaire. Je suscite
les commentaires. J’essaie de connaitre les avis de ceux qui travaillent dans
le parc scientifique, utilisent les services, étudient, ont des projets, sont
arrivés parmi nous récemment pour passer l’automne de la vie (et le soleil de
ce dimanche 15 octobre 2017 me rappelle qu’il y a de très beaux automnes).
Dès sa création, à l’automne 1971, l’association s’est voulue
représentative de tous les usagers
de la ville, présents à venir (et au
début presque tout le monde était à venir). Il n’y avait pas de cotisation et
tous les résidents et usagers étaient membres de droit égal. Tout de même un
propriétaire avait déjà proposé que ceux qui avaient investi aient davantage de
poids. Cette question de la pondération
se pose maintenant encore. Qui doit avoir plus d’influence sur le développement
de la dalle ? Qui consulter en priorité ? Celui qui y travaille tous
les jours ou celui qui habite dans la même commune à des kilomètres ? Les
salariés des commerces et services du Centre-Ville, les habitants de Pinchart,
…
Cette question de la pondération fait partie de mes
réflexions, mais je n’en suis pas encore au moment de la formalisation.
Heureusement être président c’est aussi des jours de bonheur. Le 21 juillet, fête
des habitants avec son repas poulet, sa pétanque, ses danses. Le parcours
d’artistes, pendant deux weekends d’automne, des heures de déambulation
dans les quartiers. Un petit discours d’accueil, court comme un éditorial.
L’accueil dans des maisons inconnues. De longs échanges avec artistes de la
peinture et de la sculpture, la découverte de techniques. Un budget équilibré
mais aussi des suggestions pour le prochain épisode dans deux ans.
Privilèges de la présidence, des colloques singuliers d’une heure, une heure et demie avec le
bourgmestre, le premier échevin, le prorecteur, le responsable de l’INESU… Une « joyeuse
entrée », partagée avec ma
vice-présidente, avec les responsables de la gestion centre-ville. À bâtons
rompus, sans négociation ni requête. D’égal à égal, chacun dans sa compétence, échangeant
librement des visions de l’avenir de Louvain-la-Neuve.
À chaque changement de titulaire, les relations sont à
reprendre. L’UCL et la Ville gardent leurs distances entre elles. Chacun sa conception
de l’aménagement du territoire. Pour l’AH il est souvent difficile de trouver
l’interlocuteur compétent.
Les relations les plus riches, les plus suivies, les plus
quotidiennes, les plus passionnantes, se font avec les étudiants. Ceux de l’AGL, des Cercles, des Régionales, … mais le
plus souvent avec les kots-à-projet.
Les étudiantes et étudiants de l’UCL, des Hautes Écoles, et des écoles
secondaires, … sont à la fois des membres de droit de l’AH (on souhaite qu’ils
activent ce droit par une cotisation et la participation à des activités et à
des groupes de travail) et ont des statuts propres dans l’UCL et leurs
établissements. Je voudrais qu’on avance la réflexion sur leur statut dans la
ville d’OLLN, comme citoyens.
46 ans après avoir lancé, avec Manu Lousberg, ce Conseil des
Résidents qui deviendra plus tard l’Association des Habitants, je m’interroge
toujours sur la meilleure façon de porter les projets de tous ses usagères et
usagers, résidents permanents et navetteurs, sportifs et clients. Concilier les
fonctions locales, régionales et
internationales de la ville. Être à l’écoute de tous les âges de la vie.
Relayer les actions militantes, et
être attentifs à ceux qui veulent assurer l’infrastructure
et l’équilibre économique de la cité.
Il restera toujours de la distance entre l’AH et ses
partenaires de près d’un demi-siècle, particulièrement la commune et l’UCL.
Échanges d’information, interpellation, négociation, collaboration… et parfois
affirmation forte de divergences d’intérêts. Je le demande clairement : je
souhaite vivement que la Commune et l’UCL informent
en priorité avec l’AH, sur les projets de travaux, les règlementations… au
minimum en même temps que la presse. Des communiqués de presse de nos grands
alliés ne nous parviennent que filtrés par les journaux. C’est dysfonctionnel
et à l’origine de conflits à retardement. Je plaide pour une cité autant que
possible Open Data. Je la voudrais
plus attentive à la place du numérique, à l’arrivée des Chinois (CBTC Smart
Valley), et au succès du Musée L.
Voilà donc quelques-unes de mes réflexions, de mes rêveries lorsque je sors de cette soirée d’anniversaire de l’École des Bruyères où j’ai rencontré des complices des années 70 et des jeunes enfants qui vivront sans doute au-delà de l’année 2100. Je n’aurai été que douze mois à la présidence de l’AH, j’espère qu’on retiendra de moi que j’ai essayé de donner la parole à chacune et chacun surtout à ceux qui sont d’habitude muets.
J'ai bien écrit "solidaire" et pas "solitaire". En résumé : j'ai été pris par l'ambiance de l'anniversaire de l'Ecole des Bruyères. Je rêve que cette diversité, parents, anciens, cocréateurs de l'école se retrouve pour d'autres activités de Louvain-la-Neuve. Je marque des souhaits vifs pour l'environnement du Musée L et je suis déçu que la réflexion sur le numérique soit faible dans le LLN citoyen.
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